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Laurent Ozon :
Trump : l’accélérationniste politique.
La politique de Trump est la version extravertie et accélérée de la politique états-unienne de ces dernières décennies. Celle-ci ne se distingue vraiment de celle des décennies précédentes que par l’abandon de l’antirussisme pathologique et ringard des néocons, la mise hors jeu des trilatéralistes - donc la sortie des États-Unis du rôle de puissance mondialisante - et surtout par sa vitesse d’exécution, qui ne s’embarrasse plus des longues préparations psychologiques des décennies précédentes (films, médias et intellectuels-influenceurs). Il y a là plusieurs constats à en tirer, si l’on veut bien sortir un instant de l’explication simpliste consistant à mettre cette politique sur le seul compte du tempérament du « grand bonhomme orange ».
Cette vitesse d’exécution brosse le tableau d'un recentrement précipité des États-Unis sur « leur » hémisphère occidental (qui ne comprend évidemment pas l’Europe, comme le découvrent les youtubeurs occidentalistes) et la prise en compte fébrile d'une multipolarité transactionnelle tendue ces prochaines décennies, ainsi que sur la nécessité de résoudre leur problème de stabilité, voire de cohésion interne. En clair : "la confrontation avec la Chine va être compliquée, mais avec la Russie dans leur camp c'est très mal barré et avec en plus 50% de notre propre population qui veut nous pendre à des lampadaires, c'est mort".
Je ne crois pourtant pas que cette politique procède seulement d’une évaluation monétaire, financière et industrielle (même si cela fait évidemment partie du tableau global) et de projections sur le rapport de forces avec la Chine à horizon 2030. Je crois qu'elle résulte aussi d’une anticipation sur la nature des enjeux quasi anthropologiques qui se profilent à l’horizon du fait de la convergence singulière des révolutions algorithmiques, énergétiques et néobiotiques et de leurs implications : guerre de 5e génération (dite « guerre Palantir »), solutions et accompagnement au crash démographique, etc. Je n'imagine d'ailleurs pas que cette vitesse d'exécution ne repose pas déjà sur la contribution à l'analyse stratégique et tactique de situation, d'une ou plusieurs "intelligences algorithmiques"...
Quoi qu'il en soit, pour nous, le temps d’une « augmentation » des capacités d’analyse, d’anticipation et d’exécution des acteurs politiques est venu. Il va falloir simultanément augmenter drastiquement les capacités d'accueil des "ehphad cognitifs" et faire travailler ensemble les gens qui peuvent analyser cette situation pour y répondre efficacement politiquement. Il faudra ajouter de la mémoire vive, des capacités de calcul et des ressources mémoire pour faire tourner un nouvel « operating system » politique en France et en Europe. Un Gaullisme 2.0 pour des années décisives, sinon ...
_________________ Je pense donc je suis, même si je sais que je ne sais pas.
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