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Les défis du groupe Omnium
Le groupe d’origine brestoise Omnium, qui a fait la fortune de la famille Lascar dans les années 80 avec les magasins de centre ville à petits prix Eurodif, accumule les difficultés depuis dix ans. Retour sur les succès et les échecs d’un groupe qui tient à rester très discret.
A l’origine du groupe Omnium : c’est l’enseigne Eurodif, créée dans les années 70 par les frères et sœurs Lascar à la mort de leur père. Les magasins Eurodif connaissent dès le début un succès sans précédent, la crise économique qui suit le premier choc pétrolier va les aider, l’enseigne atteint rapidement 50 points de vente. C’est la première fois qu’une enseigne à bas prix s’installe au cœur de villes moyennes; c’est l’opportunité aussi de reprendre de grands emplacements laissés vacants par la fermeture de nombreux grands magasins en difficulté dans les années 70 et 80 (Belle Jardinière, Nouvelles Galeries …) Le succès des magasins Eurodif marque le point de départ du rachat de nombreuses sociétés, à commencer par la chaîne de magasins « palais aux vêtements ». Disparue depuis, elle offre au groupe des emplacements de premier choix. En 1991, le groupe Rallye, alors en pleine mutation, cède sa filiale Burton à la famille Lascar. L’année suivante, Omnium rachète l’enseigne Bouchara fondée à Marseille en 1902, elle complète l’activité des magasins Eurodif en proposant une large gamme de linge de maison ainsi que des tissus au mètre. En 1996, c’est l’enseigne en difficulté Devred qui est rachetée. Le groupe Omnium compte alors près de 500 magasins.
Mais à partir des années 2000, la situation se gâte. Tout commence avec l’enseigne Maxi Livres, rachetée en 2003 pour une bouchée de pain auprès du tribunal de Lyon. Cette bonne affaire n’a jamais réussi à dégager des bénéfices, après une éphémère tentative de relance en 2005, l’enseigne est liquidée un an plus tard, vendue par appartement à diverses enseignes de la distribution. Plus grave, l’enseigne Eurodif qui a fait les beaux jours du groupe va mal. Personne dans la famille n’a su réagir face aux changements sans précédent que subit la mode, prise en tenaille avec d’un côté de puissants discounters qui s’implantent en périphérie et de l’autre les enseignes plus modes et plus attractives comme Zara ou H&M. Résultat : l’enseigne Eurodif n’attire plus les foules, le positionnement d’entrée de gamme qui avait fait son succès souffre, d’autant que l’augmentation sensible des loyers ne permet plus de maintenir l’activité dans certaines grandes villes.
Le couperet tombe en 2007, l’enseigne qui accumule les pertes depuis 2005 est mise en vente, mais dans un contexte économique tendu, les offres de reprises sont jugées insuffisantes et Robert Lascar, son fondateur, autodidacte d’origine modeste, refuse de liquider magasin par magasin l’enseigne pilier du groupe. Finalement, Eurodif reste dans le giron familial, mais en échange, les Lascar doivent trouver de l’argent frais au plus vite. Pour cela on vend les bijoux de famille, à commencer par l’enseigne Bouchara qui dispose des meilleurs emplacements. Les points de ventes présents dans les grandes villes de province sont vendus à Zara tandis que le vaisseau amiral de 2000m2 situé depuis 1932 sur le boulevard Haussmann, à quelques mètres des Galeries Lafayette, est vendu pour un montant tenu secret au géant suédois H&M. Ce qui signe au passage la fin de la grande aventure Bouchara, enseigne qui n’a plus de magasin en propre (sauf à Cannes) et qui doit désormais se contenter de simples corners dans les magasins Eurodif.
L’enseigne Burton fait également les frais d’un repositionnement qui n’a pas rempli tous ses objectifs. Ouvert il y a peu toujours sur le boulevard Haussmann à Paris, le magasin phare de la marque est vendu en 2007 à l’espagnol Mango. Enfin, pour restructurer sa dette, la famille est contrainte de laisser entrer la banque d’affaires Calyon dans le capital du groupe à hauteur de 9%. Seul motif de satisfaction, le repositionnement réussi de l’enseigne Devred qui donne de très bons résultats. Pourtant, le nouvel homme fort du groupe, Thierry Loriot qui avait pris la présidence du directoire après son succès à la tête, de Devred a quitté les commandes du groupe en 2007. La famille Lascar a donc du s’atteler à recruter de nouvelles têtes. Il n’en faudra pas moins pour redresser le navire que le contexte économique risque de faire sombrer plus tôt que prévu.
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