10 Juin 2017

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Retour d’Autret, faut-il oublier le passé ?

Retour d’Autret, faut-il oublier le passé ?

C’en est presque devenu un marronnier. Tous les étés depuis son départ il y a sept ans, à l’orée du mercato, la rumeur enfle : Mathias Autret serait en pourparlers avec le Stade Brestois. Cette fois-ci, c’est la bonne, le retour de l’enfant du pays a été officialisé. Parti seulement quelques mois après avoir été lancé par son club formateur, le joueur a dès lors une relation compliquée avec les supporters. Faut-il oublier le passé ?

La fierté locale

Nous sommes en 2009. Les Brestois, remontés en L2 depuis 2004, sont bien mal embarqués pour se maintenir. Pour sauver les Tyzefs d’un retour en National, arrive alors un entraîneur qui gagnera les surnoms de sorcier ou encore Sir Alex. Les supporters sont alors bien loin d’imaginer la saison 2009-2010 que les Rouge et Blanc vont leur réserver. Comme dans un conte de fée, Brest tombe sous le charme des Ewolo, Elana, Poyet, Grougi, Lesoimier pour ne citer qu’eux, qui réalisent l’inimaginable : ramener le Stade dans l’élite, vingt ans après l’avoir quittée.

Parmi cette bande de potes, deux joueurs font en particulier la fierté des supporters : Nolan Roux, bien sûr, sorti de nulle part (la réserve lensoise), meilleur buteur du club et véritable chouchou du public – pendant deux ans, Nolan deviendra d’ailleurs le prénom le plus courant chez les nouveaux-nés brestois. Mais aussi Mathias Autret, issu du centre de formation, qui perce au grand jour. Enfant du pays, ses entrées en jeu sont attendues et nourrissent les applaudissements. Le potentiel du joueur saute aux yeux et son sublime but contre Arles-Avignon au milieu de l’hiver émerveille. Alors que Nolan est sélectionné en équipe de France espoirs, Mathias découvre quant à lui l’équipe de France U19.

En mai, Brest fête sa montée. Elle a été obtenue contre Tours, mais la fête a lieu contre Dijon. Après une défaite 4-1, suivie par un FLB à guichets fermés, les joueurs sont attendus à la place de la Liberté, où le match est retransmis sur écran géant, pour une parade. Les joueurs sont appelés un par un et Autret fait partie des plus ovationnés, chantant « qui ne saute pas n’est pas brestois ». Quelques jours plus tard, c’est le choc.

Autraître

Avant le dernier match de la saison contre Laval, on apprend dans la presse que le joueur va quitter Brest pour s’engager à Lorient. Alex Dupont fait part ouvertement de son mécontentement. Investis émotionnellement dans l’avenir du natif de Saint-Thégonnec, les supporters ne comprennent pas le choix, d’autant que le joueur ne communiquera pas, et se sentent trahis.

Peu de gens le savent, j’écrivais déjà au sujet du Stade à cette époque. Non pas sur Allez-Brest, mais sur mon propre blog. Déçu, j’écris alors une brêve au titre sans équivoque : « Autret ? Au traître ! » Le surnom restera.

Il y a quelques mois, Autret a expliqué au Télégramme les circonstances de son départ :

Je ne suis pas parti pour l’argent. Je suis un gars de là-bas, je n’avais pas envie de partir. J’avais 18 ans, je montais en Ligue 1 avec mon club formateur ! […] On (Corentin Martins) m’a fait une proposition (de contrat pro) qui n’était pas sérieuse. Je ne signais qu’une convention d’un an… On nous prenait de haut avec mon père. Alors évidemment, quand j’ai dit que je n’étais pas d’accord, ils m’ont fait une seconde proposition. Si on me l’avait faite dès le début, j’aurais dit oui. Mais j’avais eu le sentiment d’être pris pour un con… Je pense que 98 % des gens auraient fait la même chose.

Son départ, chez un voisin qui plus est, passe mal. Dès lors, à chaque fois que le joueur retrouve son ancien club à l’occasion d’un match, quolibets et insultes descendent des tribunes. Lors d’un match à Lorient, il adresse un doigt d’honneur au parcage visiteurs. Le ressort est cassé.

Sept ans plus tard

Après des passages plus ou moins difficiles à Lorient, Caen et Lens, Autret est donc de retour chez les Tyzefs. Sous les ordres de Casanova, il a réalisé six premiers excellents mois et a perdu progressivement du temps de jeu, si bien que les Nordistes ont décidé de ne pas prolonger son contrat.

En mettant de côté les sentiments, ce recrutement est logique. Le milieu de terrain offensif a l’expérience du haut de tableau de L2 et est assez doué techniquement, ce qui remplit deux critères importants aux yeux de Jean-Marc Furlan, dans l’objectif d’une montée en L1.

Mais le foot est un sport d’émotions, il ne fait aucun doute que l’ex Sang et Or sera attendu au tournant. Une rencontre devrait être programmée avec les RDKistes afin que chacun ait la chance de s’expliquer, dans le but d’apaiser les tensions. Et d’écrire la première page d’un nouveau conte de fée ?

Crédits photo : Béatrice Le Grand, Ouest-France.