15 Mar 2017

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Que s’est-il passé sur la route de Strasbourg ?

Que s’est-il passé sur la route de Strasbourg ?

Que s’est-il vraiment passé dans le car qui menait 63 supporters brestois à Strasbourg samedi après-midi ?

Devant la quasi-criminalité des faits reprochés aux supporters brestois par certains journaux dès samedi midi, nous avons décidé de donner la parole à un de nos rédacteurs qui avait pris place dans ce car. Une précision qui vaut son pesant d’or dans cette histoire, ce contributeur ne boit pas une goutte d’alcool et ne se drogue pas.

Voici la lecture des faits tels qu’ils ont été vécus par « Damage », son pseudonyme sur notre forum. Cet article vous paraîtra orienté, dérisoire ou objectif au regard des faits parus dans la presse, il n’en demeure pas moins qu’il fait office de droit de réponse de la part d’un supporter, rédacteur régulier pour notre site et parfaitement sain d’esprit.

Notre rédacteur :

«  L’article paru ce mardi dans le Télégramme donne la parole au patron des cars de l’Elorn. Il y dézingue les supporters ayant emprunté un car de sa compagnie pour le déplacement de Brest à Strasbourg. Avant tout chose, je souhaite indiquer à Monsieur Roué que ses propres chauffeurs ont pris la parole au micro au départ de Brest pour autoriser la consommation d’alcool à bord, autoriser les sandwichs et autres encas, ainsi que l’utilisation des cigarettes électroniques. Seules les cigarettes classiques étaient interdites, ce qui apparaît parfaitement normal.
Aux chauffeurs de rajouter dès le départ: « J’ai déjà fait plusieurs déplacements avec vous, généralement tout se passe bien, on rigole bien ».

Les différents responsables du déplacement ont longuement insisté sur le fait que des sacs poubelles étaient disposés dans le car, afin que les canettes de bières et autres déchets y soient déposés. A chaque arrêt – soit environ tous les deux heures – chaque sac était vidé dans les poubelles des aires de repos et remplacé dans le car par des sacs neufs. Vers 1H30 du matin, un arrêt a été effectué sur une aire de repos très boueuse, détrempée. Dans le noir, il était impossible de se rendre compte de l’état du sol. Le car a donc été sali par la boue, c’est incontestable.

Sur la route de Strasbourg, l’ambiance est festive, le car plaisante, boit, alors que d’autres tentent de dormir pour être en forme le lendemain.

Au petit matin, au réveil des troupes, le car s’est logiquement retrouvé sale, surtout marqué par la boue au sol. Comme à chaque déplacement, le grand ménage est réalisé au retour à Brest et les cars de l’Elorn ne pourront que franchement approuver ce fait depuis plusieurs saisons, tant les responsables des groupes de supporters passent du temps à le faire aux différents retours de déplacement.

Etant annoncé que nous arriverons 5 heures en avance à Strasbourg, et que nous serons parqués dans le stade durant ces 5 heures, une décision est prise par certains de quitter le car à Metz pour rejoindre Strasbourg en train. Effet d’entrain, beaucoup les suivent. Plus d’une cinquantaine.

Il a été écrit dans la presse locale de ce mardi que les chauffeurs au volant entre Brest et Metz auraient été pris en otage par une bande hostile, sans foi ni loi. C’est faux ! Jamais les chauffeurs n’ont été forcés à arrêter le car à Metz. Ces derniers étaient d’accord et n’ont pas tenté de dissuader les supporters. Ce n’est que le chauffeur qui a récupéré le car APRES l’arrêt à Metz, qui n’avait pas vécu le trajet entre Brest et Metz, qui ne nous a jamais vu, qui a pris la décision du demi-tour sans nous en avertir ! C’était un acte de fuite, d’autant que les deux chauffeurs précédents nous avaient assuré que cela ne poserait aucun problème.

Quid de la bétaillère constatée à l’arrivée à Brest ? Je n’ai vu aucune dégradation dans ce car, et quand bien même un accoudoir aurait été brisé et la poignée de porte des toilettes abîmée, ces faits apparaissent bien dérisoire au regard du bruit de l’affaire, de la distance parcourue, et de la teneur du trajet : un déplacement festif, et non un concours de domino à Perros-Guirrec. Il est à noter que oui, les toilettes de ce car ont débordé. Et oui, un des 63 supporters a vomi durant le trajet, précisément à l’endroit des toilettes. De là à justifier 4 X 10 heures de travail ? C’est assez invraisemblable. Le car est revenu sale, n’a pas pu être rangé et nettoyé, de fait, par les supporters, mais il n’était pas la porcherie ravagée décrite dans la presse. Un sol sale, quelques bières vides au sol.

Restent ces 2 masques de mauvais goût, montés en épingle pour faire de notre bande de supporters un ramassis de vils nazis. Il y avait bel et bien ces 2 masques de type « déguisement » (voir photo en bas de cet article).. Chacun jugera du plus ou moins bon goût de ce type de déguisement, à l’image du prince Harry.

Arrivée à Metz, notre bande de 50 personnes jugée « violente et fortement alcoolisée » dans les médias a reçu des consignes très claires. Aucun débordement, pas de chants pour Brest, aucune provocation. Après cela, tout le monde s’est dirigé vers un café pour prendre un petit déjeuner en face de la gare, en attendant l’heure du train. Tout le monde s’est arrêté à la terrasse de ce café. L’architecture messine était d’ailleurs le sujet de conversation principal. Aucune altercation avec quiconque à signaler.

Les supporters brestois à Metz, dans l’attente du train les menant à Strasbourg.

 

Je n’ai pas fraudé dans le train. Et quand bien même certains l’auraient fait, un contrôle a permis de vérifier la régularité de chaque personne durant le trajet. 

Mon billet de train.

 

Encore une fois, aucune incivilité n’est commise, si ce n’est le bruit inhérent à une bande de jeunes, ou moins jeunes, de cinquante personnes en goguette dans un wagon.

Une fois dans le train, les premiers encouragements pour le Stade Brestois se font entendre. Le chant « Nous sommes les Ty’zefs, sauvages et fiers de l’être » ne fait pas partie du répertoire de chants nazis. Là encore la PQR se base sur des rumeurs, entièrement fausses. Aussi, tout le monde est a visage découvert, pas de cagoules, pas d’écharpes remontées sur les yeux comme nous avons pu l’entendre.

Après 1h30 de trajet, le train s’arrête en gare de Strasbourg. Le plan est de sortir de la gare, afin de trouver un endroit ou s’asseoir en ville, ou se désaltérer pour les plus motivés. Il a été très clairement demandé de ne pas se faire remarquer en ville, aucune provocation. Strasbourg est une ville immense, avec de très nombreux supporters locaux, parfois plus ou moins chauds. Une visite de la ville avant le match, quelques bières, un coca, quelques clopes, voilà ce qui était prévu.

Pourtant, jamais ce plan ne verra le jour. Impossible de descendre du train, plusieurs dizaines de policiers et de CRS nous attendent à l’arrivée. A partir de ce moment là, le déplacement sombre dans l’irréel. Nous avons été traités comme de dangereux terroristes, prêts à mettre la ville à feu et à sang, alors que nous ne venions que pour un match de foot. Après 15h de car, il parait légitime de pouvoir se reposer avant de se rendre au stade.

Les CRS nous ont fait patienter pendant près de 30 minutes dans une salle de la SNCF, avant de nous escorter à pied jusqu’au stade. Après avoir discuté avec l’un d’entre-eux, j’apprends que le stade se situe à quelques kilomètres, que le trajet devrait être réalisé en 45 minutes environ.

La longue attente des brestois sous le regard des CRS… Ces mêmes brestois que l’on a dit par ailleurs prêts à quitter leur salle de rétention de la gare par la fenêtre. Les vidéos attestent surtout d’une certaine quiétude dans cette pièce.

 

Pourtant, cette marche s’éternise, et dure presque 2 heures, aiguisant les tensions. Les CRS sombrent dans la provocation et les coups gratuits. Les chants pour Brest reprennent, certains habitants de Strasbourg, médusés par le spectacle, n’hésitant pas à nous soutenir avec des applaudissements. L’objectif de ce papier étant d’être le plus objectif possible, voici une vidéo de cette marche, où vous pouvez entendre les encouragements des supporters, jamais de chants racistes ou nazis comme vous avez pu le lire ailleurs.

Un cortège plus encadré, tu meurs.

 

Une fois au stade, deux supporters trop alcoolisés sont envoyés en dégrisement. Deux, sur 52 personnes. Un bilan somme toute classique dans les rues brestoises chaque week-end. Malheureusement. Le reste rentre en tribune, s’installe et attend le début du match. La personne responsable de l’accueil des supporters extérieur de Strasbourg me confie même qu’ils sont abasourdis par le fait que le car ait fait demi-tour. Ils nous souhaiteront d’ailleurs bon courage en quittant le stade, dans un élan de pitié et de sympathie envers nous.

 

Les CRS s’en sont donné à cœur joie sur certains brestois…

 

En parcage, rien de cassé, uniquement des encouragements pour les joueurs qui se font laminer sur le score de 4-1. Tout ça, pour ça.

Le retour à la gare se déroule là-encore dans des conditions incroyables. Fatigués du voyage, désespérés par le départ du car, personne n’a le moral à la sortie du stade. Pourtant, les CRS n’en démordent pas « Alors ? On va dormir dehors ce soir ? Bande de cons ! ». On essaye de discuter avec eux, afin de voir s’il existe une solution pour notre retour « Vous allez être emmenés à la gare, après vous vous démerdez, c’est plus notre problème ». Soit.

Nous sommes embarqués dans un tram affrété pour nous. A l’intérieur, un CRS pour deux supporters environ, puis à l’extérieur, des camions de CRS (sans les sirènes, contrairement aux dires de la PQR) suivent.

Le cortège rentre dans la gare après 15 minutes de trajet, aux chants de « Kenavo, Kenavo ».

Le bétail est certainement mieux traité.

S’en suivent de longues heures d’attente. Les CRS nous empêchent de payer notre train pour le retour. Les deux derniers trains de la journée quittent la gare, puis les CRS nous relâchent dans Strasbourg, avec un « débrouillez-vous maintenant ».

L’interminable attente des Ty Zefs…

Finalement, l’un d’entre-eux s’éloigne des rangs, pour nous donner un tuyau. Un bus part à 23h30 pour Paris. Il nous indique la route à suivre, ainsi qu’un bon endroit pour manger … Il ajoute qu’en 32 ans de carrière, il n’a jamais vu des supporters traités de la sorte, abandonnés par leur car « Pourtant, j’en ai fait des matchs bien plus chauds que celui-là ! » assure-t-il.

J’ai par ailleurs reçu un message d’un supporter strasbourgeois, le soir, qui apprenait que nous n’étions toujours pas partis. « Mais il n’y a eu aucun débordement ? Je ne comprends pas », suivi d’un « Mais c’est abusé, vous attendez que le bus revienne ? Vous dormez où ? C’est incroyable ! ». Il conclut enfin par « Si vous nous aviez dit plus tôt, on aurait pu se boire un verre ensemble ».

Sur Facebook, on peut trouver plusieurs messages de soutien « En tant que supporter strasbourgeois, bravo aux supporters brestois qui ont fait le déplacement depuis la Bretagne ! »

D’autant que les supporters des deux clubs cultivent un certains respect, comme en témoigne cet article, écrit par les Strasbourgeois après leur visite à Brest en 2007 : http://racingstub.com/articles/1451-brest-rcs-cote-tribunes/reply

« 1000 km un lundi. Respect. »

Ces 52 supporters ont du rejoindre Brest, par train, covoiturage, bus Macron, au prix fort, incluant de nombreux mineurs sans sac à dos, sans portefeuille, sans le sou. »

Fin.

 

Le traitement, au mieux délinquant, au pire criminel, de cette affaire par la PQR est démesuré. L’image laissée est déplorable, quand bien même Le Télégramme a laissé un droit de réponse aux supporters ce mardi. La Une locale, le ton, l’interview sans confrontation du patron des cars de l’Elorn suffisait bien à chaque lecteur pour se faire un avis. Et vu le traitement médiatique, personne ne pourra reprocher à ces lecteurs d’en sortir avec une image désastreuse des supporters brestois. Pourtant elle est a quelques lieux de la réalité.

Face à la polémique et au fracas de l’affaire, nous avons décidé de publier une photo qu’un internaute nous a fait parvenir. Il s’agit des déguisements précités durant l’arrêt boueux, nous vous laisserons juge du bon goût de l’histoire. Une chose est certaine, chez Allez-Brest, nous refusons l’amalgame éhonté au régime nazi qui a pu être entendu ces derniers jours. Un déplacement houleux, oui. Les faits l’attestent. Un ravage de car et de l’Alsace Lorraine, définitivement non.

Sur la photo prise sur une aire de repos, Hitler et Ben Laden, ce dernier reproduisant le signe de ralliement de … Jul, chanteur à la mode chez les jeunes.

 

 Crédits photos (Pour la une) : Kop Ciel & Blanc