30 Jan 2016

Posted by in a la une, Edito | 0 Comments

Comment en est-on arrivé là ?

Comment en est-on arrivé là ?

Hier soir, la confrontation entre direction et supporteurs du Stade a connu un nouvel épisode. Déjà bien érodée, la relation pourrait bien avoir atteint le point de non-retour. Alors que les groupes de supporteurs avaient appelé à prolonger la grève des encouragements, jugeant que leurs revendications n’avaient pas été entendues, c’est à la fin du match contre le Paris FC que la situation a dégénéré.

Irresponsables

Alors que le président Kermarec entre sur le terrain pour saluer Alexis Thébaux et lui souhaiter bonne chance pour la suite de la saison, le dirigeant est victime de quolibets de la part de la RDK. Hors de lui, il s’avance alors vers la tribune pour invectiver les spectateurs et semble même prêt à en découdre. Il faut l’intervention de quelques joueurs, puis du service de sécurité, pour accompagner manu militari le président vers le tunnel des vestiaires.

Déjà bien énervé en première période, où il a descendu en furie la tribune Foucauld pour protester contre une décision arbitrale litigieuse, Yvon Kermarec est cette fois complètement sorti de ses gonds. Un extrait vidéo des faits a logiquement été largement relayé sur les réseaux sociaux, chacun y allant de son commentaire d’indignation.
Face à la presse, le président a une nouvelle fois déploré le comportement des supporteurs, qui d’après lui tirent le club vers le bas, les qualifiant d’irresponsables. Il juge par ailleurs que les instances du club méritent plus de respect et de soutien, rappelant son implication, notamment financière, pour faire vivre le club.

Un antagonisme véritable

Les événements d’hier soir sont l’apogée d’une relation conflictuelle entre Yvon Kermarec et les ultras en particulier, qui a pris racine fin 2013 et n’a fait que s’aggraver depuis. Alors tout juste relégué en Ligue 2, le Stade commence bien mal la saison et est à la porte de la relégation en National. Le public fait donc savoir son mécontentement. Vient alors un match contre le Paris SG, en Coupe de France, où les supporteurs, et notamment les abonnés, s’indignent face au prix prohibitif des places, ce à quoi le président répond dans la presse par des paroles mal placées, où il accuse à demi-mots les ultras d’être des alcooliques, dépensant plus d’argent au bar Le Pénalty que dans les billets du match.

L’année 2014 extraordinaire des Tyzefs en terme de résultats arrive à point nommé pour faire oublier ces péripéties, et tout le monde se met à rêver de remontée en Ligue 1. Cependant, la deuxième partie de saison 2014-2015 se conclut par un échec et les protestations des supporteurs reprennent, dirigées envers Alex Dupont, jugé comme responsable par le public.

Paradoxalement, comme hier soir, c’est lors d’une victoire, pour le dernier match de la saison à domicile face à Troyes, qu’éclate un nouvel incident. Un noyau dur d’ultras poursuit avec véhémence les protestations devant le restaurant où se réunissent partenaires et instances du club. Le président Kermarec se gare, commence à discuter, puis perd ses moyens, prêt à se battre. Les supporteurs seront finalement dispersés par les CRS, qui iront même jusqu’à envoyer du gaz lacrymogène à l’entrée du bar voisin, où les plus pacifiques assistaient à la scène, en compagnie de clients lambdas.

Les revendications

Cette saison, quand il a semblé évident que le club ne parviendrait pas à se mêler à la bataille pour la montée et que le niveau de jeu affiché par les joueurs alignés par Alex Dupont ne s’améliorerait pas, les ultras, de plus en plus suivis par le public en général, n’ont pas attendu pour contester les décisions, visant toujours l’entraîneur, mais aussi désormais clairement le président. Sont surtout reprochés au premier le jeu proposé, le peu de jeunes dans l’équipe (en fait, aucun) et les résultats insuffisants (l’élimination à Saint-Brieuc, faisant office de goutte qui fait déborder le vase) ; alors qu’au deuxième, ce sont plutôt la politique de recrutement, le choix de conserver Alex Dupont et la communication.

Qu’est-ce qu’un supporteur ?

Au-delà des problèmes sur le plan sportif, c’est en fait sur le sujet de la considération des supporteurs par le club que le conflit est ancré. Le dialogue est rompu depuis longtemps entre les groupes officiels et les instances professionnelles. Et, que ce soit Alex Dupont ou Yvon Kermarec, ils sont tous deux coupables de sorties médiatiques très maladroites. Qualifiés successivement d’alcooliques, d’esthètes ou de violents, les supporteurs se sentent méprisés. Au cœur du débat, la définition même d’un supporteur.

D’après le duo, un supporteur se doit de soutenir son équipe, dans les bons ou mauvais moments. Quand les groupes appellent au boycott ou à la grève, ils vont à l’encontre de leur rôle, car ils pénalisent leur équipe. Ils devraient aussi se montrer plus reconnaissants, car le club était dans une situation périlleuse et qu’à force d’investissement, il a toujours un avenir.

Bien entendu, une bonne partie du public n’est pas de cet avis, et vit comme un affront d’être considéré comme de faux supporteurs, eux qui investissent aussi, à leur niveau, beaucoup de leur temps et de leur argent. Ils estiment avoir parfaitement le droit de manifester leur mécontentement, et en font même une mission, car leurs revendications paraissent essentielles au bien-être du club.

Les uns se sentent méprisés, les autres demandent plus de reconnaissance et de soutien. S’il y a un dialogue, c’est un dialogue de sourd.

Vite, que la saison se termine

Prêt à jeter l’éponge il y a maintenant deux mois, Yvon Kermarec semble avoir hâte que la saison se finisse. Et il n’est pas le seul. Les supporteurs veulent tirer un trait sur une saison qu’ils jugent comme une perte de temps, afin de repartir sur de nouvelles bases, avec un nouvel entraîneur et de nombreux nouveaux joueurs (la majorité arrivant au bout de leurs contrats). En attendant, et en espérant que la situation sportive ne se détériore pas, si personne ne démissionne, il va falloir peut-être se montrer patient et essayer de calmer les ardeurs. Le meilleur moyen serait sûrement de renouer le dialogue…

Crédits photos : Loïc L’Huillier / Ouest-France